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livia melzi

livia melzi

 

Lívia Melzi vit et travaille entre Paris et São Paulo, au Brésil. Océanographe de formation, elle est diplômée d’un Master Photographie et Art Contemporain à l’Université Paris VIII. Elle intègre en 2022 le programme doctoral en Art et littérature de l’Université de Zurich.

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livia melzi - Autoportrait II, 2022 - photographie - 96 x 120

livia melzi - Autoportrait II, 2022 - 96 x 120 - photographie

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LA CROYANCE
agnès guillaume, joséphine topolanski, livia melzi et sandra lapage
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du 10 février au 5 avril 2023

Les artistes ont une relation ancienne à la croyance. Les premières œuvres d’art, dans les grottes néolithiques, ne servaient-elles pas déjà de supports à certains cultes? En représentant, les artistes symbolisaient. Et en symbolisant, ils entérinaient, dans l’image, la puissance réalisatrice de la magie. Il leur fallait y croire. Les artistes contemporains ont connu, à l’autre bout du temps, le désenchantement du monde, signe de la modernité. La religion, la superstition, les cultes ont cédé le pas à la vision rationnelle, voire utilitariste, du réel. Plutôt que représenter, les artistes inclinent aujourd’hui à présenter le réel. Pourtant ils demeurent plus que jamais les thuriféraires d’une relation ré-enchantée au monde.

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Qu’est-ce que fait la croyance aujourd’hui à l’art, et réciproquement? À travers quatre femmes artistes – Agnès Guillaume, Joséphine Topolanski, Sandra Lapage et Livia Meltzi (pour moitié européennes et pour moitié brésiliennes) –, c’est à cette question que les œuvres présentées par la galerie Le Salon H tentent de répondre. Car toutes ces artistes ont la particularité d’avoir introduit dans leurs travaux, à différents moments de l’élaboration, des éléments qui réactivent, à nouveaux frais, le rapport enchanté au réel que suppose tout phénomène de croyance. Pour apprécier chaque œuvre, il faut d’emblée distinguer entre les différents régimes du « croire » – ceux qui témoignent de l’incertitude quant à notre situation dans le monde et nourrissent notre besoin de croire [nous croyons en Dieu], ceux qui, au contraire, consolident notre connaissance du monde et nous rassurent [nous croyons que la terre est ronde].

Les uns et les autres sont présents dans ces travaux – ne serait- ce, par exemple, que par la part que prend la documentation scientifique, dans l’élaboration de ces grands demi-cercles d’étoffes brodés, portant l’empreinte d’étoiles de Joséphine Topolanski. Sans doute l’artiste matérialise-t-elle dans cette broderie céleste une aspiration moderne à croire « au ciel », à travers les hypothèses produites par la science astronomique…

À l’autre extrémité du spectre, l’artiste Livia Melzi assigne à son enquête photographique sur les capes de plumes, disparues, du peuple Tupi, une mission archéologique. À travers ce travail, Livia Melzi a permis à une autre artiste, Gliceria Tupinamba, activiste de la tribu, d’en reconstituer une et de renouer ainsi avec la tradition d’un rituel oublié. Livia Melzi avait-elle anticipé que ses œuvres photographiques allaient non seulement permettre la recréation d’une cape, mais la réactivation de son caractère sacré ? Et qu’avec l’artiste Tupi, elle constituerait une sorte d’être hybride, reflétant peut-être la double nature du « croire » : croire, c’est-à-dire ne pas savoir, et croire c’est-à-dire adhérer/ adorer. L’œuvre Autoportrait – qui n’en est manifestement pas un au sens technique du terme, puisque c’est Livia qui fixe Gliceria sur la pellicule –, fait converger sous cet intitulé les deux identités, moderne et tribale, de cette croyance à deux têtes. Sans doute est-ce une manière de reconnaître qu’il n’est, en effet, plus possible, ni pour l’une ni pour l’autre, de se satisfaire d’une relation univoque à la croyance.

Cette exposition de groupe convoque pour explorer cette notion, presque tous les régimes de l’art contemporain: l’image (vidéo et photographique), l’installation, l’art à objet, la performance. On aurait pu s’attendre à ce que seule l’image, plus traditionnellement liée au phénomène de croyance, soit concernée. Mais de fait les quatre œuvres traitent toutes, à des degrés divers, de notre rapport avec ce qui accompagne la croyance. Avec Agnès Guillaume, c’est de la disparition des corps, de leur enterrement (Roots) et de leur devenir fantôme (Souls) qu’il est question; avec les pendrillons célestes de Joséphine Topolanski, c’est la figuration de l’espace, au sens propre, métaphysique qui inspire l’œuvre ; avec la sculpture de Sandra Lapage, c’est l’animation des choses qui occupe le projet d’un art « chamanique »; et avec la cape Tupi de Livia Melzi, c’est le rituel qui se trouve au centre de l’attention… Parfois certaines de ces démarches croisent des univers spirituels bien établis, comme celui des peuples Tupi ou encore, comme chez Agnès Guillaume, celui du christianisme baroque, avec son iconographie macabre ou doloriste. La rêverie brodeuse de Joséphine Topolanski revisite, avec un appareillage scientifique, le ciel ou les Cieux. Il n’y a peut- être que la sculpture de récupération de Sandra Lapage qui résiste à une assignation simple.

La cohabitation de ces quatre regards, par les jeux d’échos qu’elle installe entre les œuvres, permet de mieux apprécier chaque démarche. Celle d’Agnès Guillaume se matérialise dans les formes les plus classiques de l’art contemporain – photographies et vidéos. Même si les transferts des images vidéo sur papier s’accompagnent de techniques mixtes : « Une impression sur papier Turner contrecollée et sur laquelle j’ai rajouté de la terre, du pigment, de la sciure de bois pour les parties foncées et pour les parties claires, de l’encre et du pastel, avant de l’encadrer dans un caisson. » La méditation que la série Roots entreprend sur la terre, sa vie larvaire, – écosystème où nos corps sont appelés à se corrompre dans « l’enterrement » –, magnifie un processus organique, et en fait l’objet d’une œuvre sombre. Les visages de la série Souls (évoquant, comme le rappelle Paul Ardenne, une longue tradition picturale « torsionniste », du Greco à Bacon), paraissent corriger cette vision et y introduire une dimension spirituelle. Ces visages fantomatiques, proches de s’effacer, sont autant de « voultes », visage du Christ saisi au moment de la passion. Un chemin est ainsi ouvert qui relie toutes ces œuvres…

Ces âmes qui se tordent en longues flammes dans les visages n’aspirent-elles pas au Ciel? Les cartes célestes que les broderies de Joséphine Topolanski dessinent sur les étoffes, servent-elles de guide dans ce chemin vers l’Empyrée? Et les spectaculaires agglomérats en spirale de canettes d’aluminium et de capsules aux couleurs pop qui composent ces sculptures à l’air précolombien, ne font-ils pas penser à la rosace qui accueille, au Paradis, les âmes des défunts ?

L’art de récupération est, c’est un fait, art de la résurrection, pour ces objets, soustraits à la circulation marchande. Il n’y a pas jusqu’à la cape Tupi qui ne réfléchisse cette question du voyage de l’âme: car en revêtant la cape de plume, l’esprit se fait oiseau, capable d’entamer en volant son chemin initiatique.
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Thierry Grillet
Essayiste et écrivain, commissaire d’exposition

 

 

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